Le "Made in Europe" a le vent en poupe et c’est une bonne nouvelle. Le "Made in Europe" est synonyme de réglementations européennes en matière de conditions de travail et possiblement moins d'abus dans le domaine de la production (non)éthique. De plus, comme la production a lieu localement, il y a moins d'émissions de CO2 car moins de transport. Alors pourquoi le Portugal gagne en popularité auprès des marques néerlandaises et européennes ? Quels en sont les avantages et les inconvénients de produire au Portugal ?

Lors de l'événement "NEAR SHORING in Fashion and Textile" organisé par Roosmarie Ruigrok de Clean&Unique, en collaboration avec l'ambassade des Pays-Bas au Portugal. La discussion a eu lieu entre Maurice Melenberg (Ambassade du royaume des Pays-Bas), Roosmarie Ruigrok (Clean&Unique), Braz Costa ( CITIVE), Rick Schurink (TEXET bv), Geesje Mosies (Hoooked) et Daan Ubachs (Unrobe).

Vous souhaitez déplacer votre chaîne de production au Portugal ou en savoir plus sur la production textile au Portugal ? Lisez la suite.

L'intérêt des Pays-Bas pour le nearshoring

Les entreprises de mode néerlandaises s'intéressent de plus en plus aux possibilités de "near-shoring" au Portugal, qui signifie “sous-traitance de proximité” en français . De plus en plus d’entreprises souhaitent produire plus près de chez elles. Cette tendance devient de plus en plus attrayante, en raison de la crise sanitaire, de la hausse des coûts en Extrême-Orient et du besoin des consommateurs de voir les collections changer fréquemment.

Esra Sen, ambassadrice des Pays-Bas au Portugal, a déclaré lors de la table ronde que le " nearshoring " peut jouer un rôle important dans l'économie circulaire. "Les Pays-Bas veulent que leur économie devienne entièrement circulaire d'ici 2050 et dans l’ économie circulaire, les textiles circulaires sont une partie importante. Le Portugal et les Pays-Bas ont donc un dénominateur commun, ils sont tous deux ambitieux en matière d’éco-responsabilité." Sen constate une augmentation des entreprises intéressées par le Portugal. "Les Pays-Bas sont le septième plus grand importateur de textile portugais. Cela représente 5 % des exportations portugaises."


Maurice Meulenberg (Ambassade du royaume des Pays-Bas) a ajouté : "Les gens s'intéressent au Portugal pour y trouver des installations de production (durables) pour la décoration et les textiles, entre autres. Il est important de réunir les différentes parties afin de discuter des possibilités pour le Portugal et les Pays-Bas."

Une responsabilité sociale et environnementale

Roosmarie Ruigrok, fondatrice de Clean & Unique, une plateforme en ligne et hors ligne pour les marques de mode éco-responsables, les créateurs, les experts et les fournisseurs, a remarqué que la responsabilité devenait de plus en plus importante ces dernières années. "C'est un gros travail. Beaucoup de gens recherchent la simplicité, la responsabilité sociale et la circularité. Souvent, avec la circularité, l'accent est mis sur les matériaux, mais la responsabilité sociale reste très importante."

Ruigrok déclare ensuite : "lorsque vous envoyez un bon de commande en Asie, il y a de fortes chances que vous ne sachiez pas ce qui se passe ensuite. Si vous produisez plus près, il est plus facile de garder une vue d'ensemble sur la production." Elle explique aussi que l’empreinte carbone est plus faible lorsque vous produisez au Portugal. C’est donc un avantage à la fois social et environnemental.

Vous gagnerez également: "une bonne mise en relation", ajoute-t-elle, " et c’est très important". "L'industrie textile est différente des autres industries. Chacun dispose d'installations, d’outils, de techniques différentes. Il est donc essentiel de nouer des relations avec les producteurs et les productrices."

Une production au Portugal signifie des conditions de travail de qualité en échange de la différence de prix

Daan Ubachs, fondateur de la marque de vêtements Unrobe, travaille depuis longtemps dans le secteur de la mode, en particulier en Asie. Avec sa marque Unrobe, il veut faire les choses différemment. C'est pourquoi il produit désormais au Portugal, en Italie et en Grèce. "Au début, il y avait une grande différence de prix entre les prix asiatiques et européens. Le salaire et les coûts de production sont plus élevés en Europe. Toutefois, vous obtenez quelque chose en retour, de meilleures conditions de travail ici."


Ubachs croit aux relations à long terme avec les fournisseurs. "L'avantage de produire au Portugal, c'est que la chaîne d'approvisionnement est courte et les gens connaissent bien le textile. Tous les types de sites de production tels que les usines textiles, les usines de tissage et les teintureries sont proches les uns des autres. Cela permet de contrôler facilement les usines, de plus les usines ont souvent leurs certificats en règle." Et c'est important, dit Ubachs. "La demande de vêtements éco-responsables est de plus en plus forte. Chacun de nos produits est accompagné d'un code QR qui mène à plus d'informations sur le produit, nous faisons cela pour favoriser la transparence."

La transparence fait tout

CITEVE est un institut technologique portugais qui fournit un soutien technologique aux entreprises opérant dans le secteur du textile et de l'habillement. Braz Costa, de CITEVE, affirme que la durabilité n'est plus une philosophie, mais un business. "La plupart des entreprises ont désormais une stratégie de durabilité car elles savent que la demande ne va qu’augmenter."

Selon lui, la transparence est primordiale. "Il y a très peu d'informations sur les étiquettes des produits, et il est difficile d'attendre des clients qu'ils choisissent des produits durables lorsque peu d'informations sont disponibles. L’éco-responsabilité est un gros investissement mais c’est nécessaire."

L'objectif de Costa pour l'avenir est de produire avec des matériaux post-consommation et locaux. "Il n'est pas durable d'acheter du coton provenant de pays lointains comme la Chine. Nous avons mis en place un programme pour commencer à nous approvisionner localement." Il précise qu'il y a toutefois certaines conditions à cela : "Nous devons collaborer avec le secteur de la production de fibres du fait de la consommation d'eau. Nous avons besoin de la technologie et d'un changement de mentalité, d'un croisement entre la science et cette industrie."

En plus des nombreux avantages à faire fabriquer au Portugal, Costa explique que le Portugal a du mal à mettre en avant son expertise. "L'industrie portugaise n'est pas la meilleure en termes de marketing, il existe une grande culture industrielle."

L’augmentation du coût des conteneurs

Rick Schurink de TEXET, un fournisseur de vêtements de travail, de vêtements professionnels et de textiles promotionnels de qualité, affirme que l'Asie est plus avancée en termes d’éco-responsabilité, mais comparé au Portugal la chaîne d'approvisionnement reste stable. "Nous sommes prêts à payer plus cher pour cela, mais c'est un marché très concurrentiel, donc le prix jouera toujours un rôle."

Schurink affirme qu'à l'heure actuelle, il est tout aussi financièrement intéressant de produire à proximité."Les coûts des conteneurs augmentent, donc le transport maritime depuis l'Asie devient plus cher. Un autre avantage est que la distance à parcourir est courte. Si quelque chose ne va pas, vous pouvez vous rendre au Portugal plus facilement qu'en Asie."

Des différences culturelles

Geesje Mosies de Hoooked travaille avec un centre de recyclage portugais qui fabrique le fil recyclé (coton) post-consommation de Hoooked. Hoooked propose également des fils fabriqués à partir de matériaux naturels tels que le jute et l'eucalyptus. Hoooked produit au Portugal afin de pouvoir contrôler correctement l'origine, la qualité et les conditions de travail des textiles.

Selon Mosies, il existe des différences culturelles entre les Pays-Bas et le Portugal dont il faut tenir compte. "Il y a une différence d'approche, pensez par exemple qu'au Portugal les gens ne répondront pas au téléphone pendant leur pause déjeuner. La culture portugaise favorise le recyclage et l'artisanat. Des œuvres d’art sont faites à partir de vieux tapis."


Elle a également parlé des coûts de production. "Produire au Portugal est moins cher que produire aux Pays-Bas ou en Espagne, mais les coûts augmentent. De plus, les lois du travail sont différentes, les heures supplémentaires peuvent représenter un coût important. "